Le 16 Février 1949.
Après avoir crapahuté pendant des heures dans cette forêt vierge et menaçante, après avoir foulé ces terres hostiles, avoir enjambé des racines tortueuses, franchi des rivières d'une eau cristalline et tumultueuse, sous les bruissements de la luxuriante flore, et les cris, les craquements de la faune invisible, en fin de journée, nous sommes arrivés au village des Fores, épuisés mais heureux.
Sur cette île montagneuse de la Nouvelle Guinée, nous avons suivi pas à pas les traces de notre guide Mike Hirst, un métis, grand aux épaules larges, au teint mat, et aux cheveux crépus, passant des rivages où nous avions laissé notre embarcation, aux hauts plateaux du Mont Mickaël.
Soudain, comme une apparition, un mirage, le village s'est dressé devant nous. Les cases faites de bois de feuillages et de boue séchée, sont posées sur le sol, au raz d'une clairière que baigne une douce lumière. Comme devant nos maisons occidentales, des enfants jouent, courant, s'attrapant, s'amusant d'un bâton. Mike nous fait signe de nous tenir à distance. Un groupe de trois adultes nous a repérés et vient vers nous. Mike avance d'un pas lent mais affirmé. Des trois hommes qui approchent, l'un se tient plus en avant. Les habitants du village sont sortis de partout, et se tiennent en arc de cercle à quelques encablures des ambassadeurs.
Les indigènes sont presque nus, mais ce sont eux qui semblent juger nos accoutrements ridicules. Mike s'avance vers celui qui a l'air d'être le chef du village, et incline respectueusement la tête, paraît lui dire quelques mots auxquels le Fore semble sensible. Maintenant tous les quatre avancent vers nous, et Mike nous sourit radieusement.
-«Vous êtes les bienvenus.» nous dit-il. Le chef nous invite d'un geste, le village s'ouvre et s'anime.
Les autochtones nous ont offert l'hospitalité. Je me suis aperçu que notre guide, qui partage les mêmes traits négroïdes et la chevelure épaisse que ces Fores, a par ailleurs à sa disposition quelques mots de leur langue qui ne lui permettent pas de tenir une conversation, mais au moins de communiquer. Enfant d'un aborigène et d'une anglaise, Mike est un curieux phénomène qui porte en lui l'animalité et la sauvagerie de ces contrées australes, mais sait tout aussi bien user d'une distinction très british. S'il n'y avait sa grande taille, je le prendrais volontiers ce soir, pour l'un des leurs.
Après un dîner dont je ne saurais pas dire le menu, nous sommes partis nous coucher, non sans avoir saluer révérencieusement nos bienfaiteurs. Nous disposons d'une case pour Bridget, Edwin, Mike et moi. Je suis un peu gêné pour notre cons½ur, mais elle, ne semble pas désappointée.